Beat Hotel (une histoire avec William Burroughs et Henri Michaux)

beat hotel

Entre 1957 et 1963, trois des piliers de la beat génération – William Burroughs, Allen Ginsberg et Gregory Corso – adoptent pour quartier général un vieil hôtel déglingué de la rue Gît-le-Cœur, à quelques dizaines de mètres de la Place Saint-Michel. C’est là – entre autres – que Burroughs et l’anglais Brion Gysin inventeront le principe du cut-up. Le lieu est resté dans la légende sous le nom de Beat Hôtel.
Le britannique Barry Miles – ami des susnommés, figure légendaire du swinging London hippie et pop, biographe de Bukowki et de Mc Cartney – consacre un ouvrage documenté et pointu sur ce haut lieu de la création littéraire et de la prise de stupéfiants. Publié en France par Le mot et le reste en novembre 2011 dans une traduction d’Alice Volatron, l’ouvrage est incontournable pour la connaissance de la contre culture dans la seconde moitié du XXe siècle.
Page 209, Barry Mile rapporte une anecdote qui éclaire les rapports entre écriture et défonce.
A l’automne 1959, William Burroughs demande à Allen Ginsberg reparti à New York de lui envoyer de la mescaline, légale aux Etats Unis comme en France.
A cette époque, Bill voit souvent Henri Michaux, pour parler des effets des drogues hallucinogènes. C’est Jean-Jacques Lebel qui les a mis en contact. Le même Lebel qui avait présenté les poètes beats – Ginsberg, Corso et Burroughs – aux amis de son père, Marcel Duchamp et Man Ray ; Ginsberg s’était prosterné devant l’inventeur du ready-made et Corso avait découpé sa cravate – les anciens dadaïstes ont finalement trouvé très sympathiques ces beatnicks avinés.
Quand Burroughs reçoit la mescaline, il n’hésite pas à en faire profiter Michaux. Quelques temps plus tard, l’auteur du Festin Nu/Naked Lunch envoie un court texte à celui de Howl :
« Il semble que M. se dépêchait de rentrer chez lui après avoir avalé son comprimé de mescaline avec du thé chaud dans un café – trop pauvre pour se payer un réchaud, tu comprends – et il rencontra B. au marché. (…) Alors B. a dit « Ah Monsieur M. Asseyez-vous, prenez un café et regarder passer la parade. » Et M. se débarrassa de lui : « Non ! Non ! Je dois rentrer et voir mes visions » et il se précipita chez lui, ferma la porte, la verrouilla, tira les rideaux, éteignit les lumières, se mit au lit , ferma les yeux et il y avait Monsieur B et Monsieur M. demanda : « Que faites-vous là, dans ma visions ? » Et B. répondit : « Oh, je vis ici. »

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